Situation qui pourrait t’arriver si tu as un attachement de type évitant :
Il est 21 heures, 4ème rendez-vous : tu l’as invité chez toi pour voir un film sur Netflix. Vous avez commandé quelques pizzas. Tu es assise sur le canapé, ton “date”/ crush à côté de toi, essayant de te caresser doucement la main. À chaque fois qu’il tente de t’approcher, tu sens que ta gorge se serre et tous tes muscles se raidissent. Tu te sens piégée, étouffée par cette proximité qui te paraît déplacée. Tu cherches une échappatoire, des excuses pour t’éloigner, même si tu sais que cela pourrait le blesser.

Si tu te reconnais dans cette situation, tu as possiblement un style d’attachement évitant. En quoi cela consiste-t-il ? Pourquoi ton style d’attachement t’empêche-t-il de vivre des relations pleinement satisfaisantes malgré toi ? Et comment faire pour que ce ne soit plus le cas ?
Nous allons le voir dès maintenant !
Comprendre l’attachement évitant
La théorie de l’attachement
L’attachement évitant est l’un des styles d’attachement décrits par la théorie de l’attachement. Selon cette théorie, développée par le psychologue John Bowlby, les relations précoces avec les figures d’attachement, le plus souvent les parents, influencent la façon dont nous percevons et interagissons dans nos relations futures. L’attachement évitant se caractérise par un besoin d’indépendance et une aversion pour l’intimité émotionnelle, souvent développés comme une stratégie d’adaptation face à des expériences précoces, réelles ou perçues, de négligence émotionnelle ou de rejet.
L’expérience étrange : l’attachement évitant chez les enfants
Lors de l’expérience étrange, utilisée pour évaluer les styles d’attachement chez les enfants, les comportements typiques d’un enfant évitant incluent un désintérêt apparent pour la figure d’attachement lors de son retour après une séparation, ainsi qu’une absence de recherche de réconfort. Malgré leur apparence d’indifférence, ces enfants présentent physiologiquement les mêmes symptômes d’anxiété que les enfants anxieux.
L’attachement évitant adulte
L’expérience étrange donne un bon aperçu des réactions émotionnelles des personnes selon leur style d’attachement. Bien que cette expérience ait été développée chez les enfants, ce qui se passe chez les adultes évitants est similaire.
Ce qu’a montré l’expérience étrange est que l’évitant déploie des efforts intérieurs considérables pour maintenir une apparente indifférence. L’adulte évitant va également développer des stratégies d’évitement et de fuite. Mais en réalité, ces comportements sont plutôt une forme de protection plutôt que l’expression des émotions réelles que vit la personne. C’est comme si l’évitant portait en permanence un masque de protection. Porter ce masque lui coûte en réalité, mais pour l’évitant, c’est une situation qui lui paraît beaucoup plus agréable et beaucoup moins angoissante que celle de vivre l’intimité.
Mais alors sous quelles formes se manifestent ces masques qu’emprunte l’évitant pour se protéger de l’intimité ?
Les stratégies de l’attachement évitant
Avant de décrire des comportements souvent observés chez les personnes évitantes, il faut comprendre que les stratégies pour éviter de vivre l’intimité des relations peuvent être diverses et surtout plus ou moins évidentes.
Certaines stratégies ou comportements sont parfois conscients : la personne décide de ne pas s’engager dans des relations sérieuses par exemple. La personne évitante peut aussi se fixer des règles pour se protéger : son appartement peut être un lieu sacré qu’elle ne partagera avec personne d’autre, elle peut garder une part de mystère sur certaines parties de sa vie et décider de ne pas s’ouvrir complètement.
D’autres comportements sont plus inconscients : un sentiment de rejet face à son partenaire dans certaines situations, la priorisation d’autres domaines de sa vie par rapport à ses relations, ou encore une forte idéalisation.
Quelques comportements inconscients de l’attachement évitant
Dans cette partie, je veux aborder les différentes stratégies d’évitement telles des masques de protection. Même si tous ces comportements ne sont pas en tant que tels des masques que l’évitant porte, ce sont des comportements conscients ou inconscients qui viennent de son style d’attachement et qu’il subit, ou qu’il porte lourdement.

Donnons tout de suite un nom à ces masques ou à ces comportements pour les identifier et les expliquer.
Si tu te reconnais dans un ou plusieurs de ces comportements, tu as sans doute un attachement de type évitant, tu trouveras à la fin de cet article des stratégies pour développer des relations plus épanouissantes.

Le masque de la distance
La distance est un outil privilégié de l’évitant pour éviter toute intimité : cela peut être une distance physique, garder un éloignement physique, émotionnel, ne pas montrer ou développer de sentiments forts, ou parfois symbolique, décider de ne pas s’engager dans une relation par exemple.
La fuite de l’engagement peut être un signe assez prononcé d’attachement évitant. Mais la distance émotionnelle est aussi assez courante chez la personne au style évitant : celle-ci a d’ailleurs beaucoup de mal à exprimer ses émotions et ses sentiments dans le cadre d’une relation.

Le masque du mystère
La personne peut décider de s’ouvrir seulement partiellement à son partenaire. D’ailleurs, selon les personnes, la peur de l’intimité peut se manifester dans un domaine ou un autre : le domaine physique – les relations sexuelles, le domaine émotionnel – la démonstration des émotions et de l’affection, la sphère sociale – se montrer en public, ou la sphère privée – son chez-soi, son passé.
La personne pourra décider par exemple de s’ouvrir dans l’intimité physique et sexuelle mais ne jamais se dévoiler totalement à un niveau plus émotionnel et affectif.

Le masque du rejet
Il est intéressant de noter que le style d’attachement évitant est défini en anglais par deux mots : “dismissive-avoidant” qui veulent respectivement dire “méprisant” ou “dédaigneux” et “évitant”.
Cette notion de mépris et de dédain n’est pas seulement liée à la tendance chez la personne évitante à favoriser l’indépendance mais aussi à une notion de rejet. L’évitant, contrairement à l’anxieux d’ailleurs, a tendance à avoir une forte opinion de lui-même et peut se sentir supérieur aux autres et en particulier son partenaire .
Les personnes évitantes peuvent régulièrement ressentir des émotions négatives face à leur partenaire, ils vont se concentrer sur les défauts de celui-ci, et peuvent même ressentir une sensation de dégoût ou de rejet. Ils ne vont pas forcément l’exprimer à leur partenaire mais peuvent se sentir moins attachés ou ressentir moins d’attirance pour la personne. C’est donc une manière inconsciente de créer de la distance avec son partenaire.
Ces sentiments peuvent être parfois exacerbés par certaines situations où l’intimité et le rapprochement est trop intense pour l’évitant.

Le masque de l’idéalisation
Les évitants ont souvent recours à l’idéalisation comme mécanisme de défense inconscient. L’idéalisation est l’arme fatale de l’attachement évitant : idéaliser est la meilleure des protections pour l’évitant, bien qu’il n’en soit pas du tout conscient. En effet, s’attacher à un idéal qui n’existe pas ou plus, c’est éviter de vivre la relation réelle et présente.
L’idéalisation peut prendre différentes formes, notamment celle d’une relation passée ou celle du partenaire idéal et de la relation parfaite.

L’idéalisation d’une relation passée
Une façon de se protéger de l’intimité est d’idéaliser une relation passée. Par exemple, le premier amour, un coup de foudre, une relation très intense. Quand c’est le cas, la personne a du mal à oublier cette relation passée. De plus, elle compare souvent ses relations présentes avec celle-ci. Ce mécanisme est en réalité plus ou moins conscient.
Même si la relation et le partenaire étaient loin d’être parfaits, la personne va avoir tendance à s’accrocher à l’idée qu’elle garde de cette relation, se rappelant particulièrement des moments et des aspects positifs de la relation.
Par exemple, tu idéalises un ou une ex en le comparant souvent à tes partenaires actuels. Tu évalues constamment tes sentiments pour ton partenaire actuel en les comparant avec ceux pour ton ex. Ou bien, tu compares les qualités et les défauts de ton partenaire avec ceux de ton ex.
L’idéalisation te permet ainsi de maintenir une distance émotionnelle avec de nouveaux partenaires. En effet, aucun d’entre eux ne peut rivaliser avec l’image idéalisée de ton ex.

L’idéalisation de la relation parfaite
L’idéalisation de la relation parfaite chez l’évitant est un mécanisme psychologique subtil mais puissant qui lui permet de se protéger de l’intimité réelle dans ses relations présentes. L’évitant, souvent hanté par la peur de l’engagement et de la vulnérabilité émotionnelle, cherche inconsciemment à maintenir une distance sécurisante avec ses partenaires. L’idéalisation entre en jeu lorsqu’il imagine et fantasme une relation parfaite, une sorte d’utopie amoureuse où tous les besoins sont comblés, où il n’y a pas de conflits ni de compromis à faire. Cette vision idéalisée lui offre un refuge, une échappatoire des réalités complexes et parfois douloureuses des relations humaines. En plaçant ses attentes sur un piédestal irréaliste, l’évitant peut éviter les défis et les risques associés à une véritable connexion émotionnelle, préservant ainsi son sentiment de contrôle et d’indépendance.
Est-ce que tu cherches par exemple le “Grand Amour” ou bien l’âme-soeur ? T’es-tu déjà dit que ton partenaire n’était pas l’homme ou la femme de ta vie ? As-tu déjà fantasmé fortement sur une relation impossible, voire un personnage imaginaire ou de fiction ?
Si tu fantasmes fréquemment sur des relations plus épanouissantes que celles que tu expérimentes, tu pourrais avoir un style évitant.
Le véritable enjeu pour l’évitant : la connexion
Pour l’évitant, le défi majeur réside dans la capacité à lâcher prise, à se laisser aller et à créer une connexion authentique, même si cela peut sembler inconfortable. Comprendre que la connexion et l’intimité émotionnelle sont des éléments essentiels pour le bien-être et le bonheur est crucial dans ce processus.
Impact des relations sur le long-terme
Plusieurs études confirment l’importance des relations de qualité pour le bien-être et le bonheur à long terme. C’est le cas par exemple de l’expérience menée sur les orphelins après la Seconde Guerre mondiale par John Bowlby. Elle a révélé que les enfants privés de lien affectif et d’attachement avaient des troubles émotionnels et psychologiques significatifs. Cela met en évidence le rôle crucial des relations interpersonnelles dans le développement émotionnel et psychologique des individus.(1)
Impact physiologique des relations sociales
De plus, des recherches récentes ont mis en lumière l’impact physiologique des relations sociales sur le bien-être. Par exemple, des études sur le nerf vague ont montré que les câlins et les contacts physiques stimulent la production d’ocytocine, l’hormone du bien-être, et favorisent la régulation du stress. Ces résultats soulignent l’importance des interactions sociales pour la santé mentale et émotionnelle.(2)
Impact sur le bonheur et la longévité
Un exemple fascinant vient de l’île d’Okinawa au Japon, où les habitants vivent en moyenne plus longtemps et en meilleure santé que dans d’autres régions du monde. Les habitants de cette ville sont connus pour leur concept d’amitié « moai », où chaque individu appartient à un groupe de cinq amis dès la naissance, qui restent ses compagnons tout au long de la vie. Cette structure sociale offre un soutien émotionnel constant et renforce le sentiment de communauté, soulignant ainsi l’importance des relations interpersonnelles pour le bien-être global.(3)
Enfin, les études menées par l’Université Harvard sur le bonheur à long terme ont révélé que la qualité des relations sociales était un facteur déterminant dans le bien-être global des individus. Des relations authentiques, basées sur la confiance, le soutien mutuel et la compréhension, contribuent à un sentiment de satisfaction et de bonheur durable. (4)
Plutôt que de valoriser exclusivement l’indépendance, il est donc essentiel pour l’évitant d’apprendre à favoriser l’interdépendance. Cela implique d’être capable de trouver un équilibre entre le bien-être seul et la capacité à compter sur les autres.
Mais comment s’ouvrir réellement et dépasser ses blocages internes ?
Est-il possible de changer ?
En réalité, la théorie de l’attachement est une théorie dynamique : tu n’es pas condamné à un style d’attachement à vie : ton style d’attachement peut évoluer selon tes relations futures, tes expériences de vie et ton évolution personnelle.
Conclusion
En conclusion, dépasser l’attachement évitant demande du courage et de la persévérance, mais ces efforts en valent la peine. En se libérant des barrières conscientes et inconscientes qui entravent les relations intimes, il est possible de vivre des relations plus authentiques, plus profondes et plus épanouissantes. Alors, ose lâcher prise, ose créer des liens forts et permets à l’amour d’illuminer ta vie.
Si cet article te parle et que tu souhaites en savoir plus sur l’attachement évitant, je te conseille d’aller voir ce dossier avec des articles sur le style d’attachement évitant.
Plus d’articles pour aller plus loin
Sources et notes :
- Bowlby, J. (1951). Maternal Care and Mental Health. World Health Organization Monograph Series, 2.
Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss: Vol. 1. Attachment. Basic Books. - Porges, S. W. (2003). The Polyvagal Theory: Phylogenetic Contributions to Social Behavior. Physiology & Behavior, 79(3), 503-513.
Grewen, K. M., Girdler, S. S., Amico, J., & Light, K. C. (2005). Effects of Partner Support on Resting Oxytocin, Cortisol, Norepinephrine, and Blood Pressure Before and After Warm Partner Contact. Psychosomatic Medicine, 67(4), 531-538. - Buettner, D. (2008). The Blue Zones: Lessons for Living Longer From the People Who’ve Lived the Longest. National Geographic Society.
- Harvard University. (n.d.). Harvard Study of Adult Development. Retrieved from https://www.adultdevelopmentstudy.org/
Waldinger, R. J., & Schulz, M. S. (2010). What’s Love Got to Do With It? Social Functioning, Perceived Health, and Daily Happiness in Married Octogenarians. Psychology and Aging, 25(2), 422–431.
